UN DOUTE AU BOUT DU COULOIR
Rima Elkouri et Ninon Pednault - La Presse

Nous avions rendez-vous dans le couloir de la mort. La mort est à la prison de Huntsville, là où le Texas a procédé à près de 500 exécutions depuis 1976. Le couloir, lui, est à Livingston, dans une prison à sécurité maximale cernée de barbelés. Là, 272 prisonniers attendent leur exécution.

Entre les deux, 70 km d’une route belle à pleurer. Un pont qui enjambe un lac immense aux eaux opaques. Des chevaux crinière au vent. Des arbres qui grattent le ciel sous une lumière irisée.

Cette route, le condamné à mort Henry Watkins « Hank » Skinner l’a déjà empruntée. Trois fois, on lui a indiqué la date de sa mort. Trois fois, son exécution a été suspendue au dernier moment. Le 24 mars 2010, il a appris qu’un sursis lui avait été accordé 23 minutes avant l’injection létale prévue.

Le jour de notre visite, le vent était froid et furieux. En arrivant à la guérite de la prison cernée de barbelés, une gardienne nous a demandé de sortir de la voiture. Contrôle d’identité. Inspection du coffre. Inspection du moteur. « OK, allez-y ».

C’était la première fois que je mettais les pieds dans le couloir de la mort. Mais en arrivant, une étrange impression de déjà-vu. Cette rangée de cages de visite à la peinture écaillée d’un blanc blafard. Cet alignement de téléphones noirs, usés par le temps, les drames, les larmes. Ces vitres pare-balles qui séparent le couloir de la mort du couloir de la vie. C’était comme dans les films. À tout moment, Sean Penn aurait pu surgir dans la peau du condamné de Dead Man Walking. Une voix aurait pu crier « Coupez ! »

Personne n’a crié. Il n’y a que l’écho des portes grinçantes et des grilles qui s’ouvrent et se ferment avec fracas. En ce mercredi après-midi, le seul moment de la semaine où des entrevues sont accordées au compte-gouttes aux médias, le parloir est désert.

La cage numéro 34

Ce sera le numéro 34, a indiqué le porte-parole de la prison, en désignant la cage où le condamné à mort pourra s’approcher du monde extérieur sans jamais y toucher.

Je me suis approchée de la cage. Hank Skinner nous y attendait, le regard sombre, fixant le vide. Combinaison blanche, sans manches. Yeux cernés. Bras droit recouvert d’un tatouage. Entre lui et moi, une vitre pare-balles. Derrière lui, une porte grillagée avec une fente dans le bas pour lui passer les menottes.

Mon regard a croisé le sien. Je lui ai souri. Il m’a souri. J’ai décroché le téléphone pour pouvoir entendre sa voix. Une gardienne de sécurité lui a donné le micro sans fil que Ninon, ma collègue vidéaste, avait apporté afin de pouvoir filmer et enregistrer l’entrevue.

La mort dans 23 minutes

La veille de notre rencontre, à Huntsville, une condamnée à mort, Kimberly McCarthy, avait obtenu un report de son exécution quelques heures avant le rendez-vous programmé pour sa mise à mort.

« Elle a eu un report ? Non, je ne savais pas. On n’a accès à aucun appareil électronique ici. Ma femme Sandrine imprime les nouvelles et me les envoie par la poste… »

Hank Skinner me dit qu’il est content pour Kimberly McCarthy. Il sait ce que c’est que d’obtenir un sursis in extremis. « Mais moi, c’était pas des heures, c’était 23 minutes !

– C’est une forme de torture, non ?

– Oui, c’est exactement ce que je me disais. »

Il a ri d’un rire nerveux, avant de raconter en détail ce fameux 24 mars 2010 où il était convaincu qu’il allait être exécuté. « J’y allais avec l’intention de mourir. »

Il avait donc fait la route de Livingston à la chambre de mort de Huntsville en croyant que c’était son dernier jour. Il avait commandé un dernier repas, gargantuesque. Il me l’a décrit à la frite près.

Il avait vu l’aumônier. Il avait fait ses adieux à sa femme Sandrine et à ses filles.

Il avait peur. Pas peur de la mort, non. Mais peur de cette mort-là, par injection létale. Peur de ce cocktail chimique qui allait envahir ses veines. L’un des produits utilisés est banni par l’Association des vétérinaires américains. Trop cruel pour tuer des animaux, dit-on, à cause de son effet paralysant qui masque la souffrance. Dans la chambre d’exécution, il est utilisé pour le bien des témoins qui, autrement, auraient à endurer une vision d’horreur : un être qui se débat comme un poisson hors de l’eau au moment où on lui injecte la mort.

« Ma grande peur, c’est que ça prenne dix minutes avant qu’ils me tuent. Si vous êtes paralysé dans votre propre corps, c’est la pire façon de mourir ».

« Je ne veux pas mourir comme ça. En particulier pour quelque chose que je n’ai pas fait. »

***

Une saison en enfer

Pour survivre dans le couloir de la mort, Hank Skinner rédige de sa cellule un bulletin de nouvelles qu’il a appelé The Hell Hole News. Des nouvelles du trou de l’enfer.

Sa saison en enfer a commencé la nuit du réveillon du 31 décembre 1993. Cette nuit-là, un triple meurtre a secoué Pampa, une petite ville du nord du Texas. Les victimes : Twila Busby, la compagne de Hank Skinner, et les deux fils adultes de celle-ci.

Hank Skinner avait 31 ans. Il travaillait à l’époque comme assistant parajuridique, pour défendre des citoyens victimes d’abus de pouvoir. Un gars qui aimait faire la fête, peu apprécié par le shérif et le juge qu’il accusait d’être corrompus.

Le 31 décembre, Hank Skinner était rentré du travail vers 15h30. Il s’apprêtait à réveillonner avec Twila. Il avait bu. Il avait aussi pris de la codéine. Il était si intoxiqué qu’il n’a pu aller avec Twila à la fête organisée chez des amis.

Cette nuit-là, Twila et ses deux enfants ont été assassinés dans la maison familiale. Twila a été étranglée et battue à mort. Ses fils ont été poignardés. Avant même que la scène de crime soit analysée, les policiers ont décrété que Hank Skinner, qui a toujours clamé son innocence, était le meurtrier. Sur la foi de preuves circonstancielles, il a été accusé et jugé coupable. Il fut condamné à mort en 1995.

En 2000, le professeur de journalisme David Protess du Medill Innocence Project s’intéresse au dossier de Hank Skinner. Il l’épluche minutieusement. Il se dit que quelque chose cloche. Trop de zones d’ombre et d’incohérences. Il envoie ses étudiants sur le terrain. Une contre-enquête met en lumière des faits troublants : pas d’aveux, pas de témoin visuel des meurtres, pas de mobile apparent, pas de tendances violentes chez le condamné… De nouveaux témoignages soulèvent de sérieux doutes. Ils pointent vers un suspect potentiel que la police n’a jamais interrogé : l’oncle de la victime qui l’aurait déjà agressée.

La nuit du drame, cet oncle aurait fait des avances à Twila, la poussant à quitter plus tôt que prévu la fête où elle était allée sans Hank. Des indices indiquent que l’oncle l’aurait suivie et était dans la maison la nuit du crime. Le lendemain, il aurait été vu en train de laver son pick-up. Il portait souvent un coupe-vent semblable à celui qui a été trouvé, taché de sang, près du corps de sa nièce. Étrangement, ce coupe-vent n’a pas fait l’objet de tests d'ADN. Les enquêteurs disent aujourd’hui l’avoir perdu.

David Protess est monté au créneau pour forcer le procureur à faire les tests d'ADN qui s’imposaient dans les circonstances, pour s’assurer que le Texas n’exécute pas un innocent. Ce sera le début d’une longue bataille, qui sera menée avec l’aide du Innocence Project, une organisation qui a permis, grâce à des tests d'ADN, d'innocenter plus de 300 prisonniers victimes d’erreurs judiciaires depuis 1989 aux États-Unis, dont 18 dans le couloir de la mort.

Pendant plus de dix ans, le Texas a tout fait pour empêcher que des éléments clés du dossier de Hank Skinner soient soumis à des tests d'ADN qui pourraient l’innocenter, selon Rob Owen, son avocat, professeur à l’École de droit de l’Université du Texas à Austin.

Le 24 mars 2010, à moins d’une heure de la mise à mort de Hank Skinner, la Cour suprême des États-Unis est intervenue pour stopper son exécution, acceptant d’étudier une requête pour que des tests d'ADN soient faits. L’État s’est finalement résigné. De nouveaux tests, dont on attend encore l’analyse complète, ont été exigés. Le procureur soutient que des analyses partielles incriminent davantage Hank Skinner. La défense souligne que les résultats révèlent la présence sur l’arme du crime d’un profil ADN inconnu mais partiel, qui n’est pas celui de Hank Skinner ou des victimes. Cet ADN serait-il celui du tueur ?

« La seule chose qu’ils ont prouvée c’est que j’étais là », répète Hank Skinner. Un fait qu’il n’a jamais nié. Il était là, mais il était si intoxiqué qu’il avait perdu connaissance, dit-il. « Le sang des victimes n’est pas sur ses mains. Ils savent que je suis innocent ».

Pas des monstres

La saison en enfer de Hank Skinner dure ainsi depuis plus de 18 ans. Il tutoie la mort au quotidien. L’État texan a exécuté 400 prisonniers depuis qu’il est dans le couloir de la mort.

Ces morts ont quelque chose d’irréel pour les condamnés qui restent. « On ne les voit pas mourir. Mais quand la camionnette part, on sait. Ils ne font que disparaître. »

« Chaque fois qu’ils en tuent un, ils tuent une partie de moi. »

Contrairement à ce que l’on aimerait croire, les prisonniers du couloir de la mort sont des êtres humains, pas des monstres, dit-il. « Croyez-le ou non, il n’y a pas de Hannibal Lecter dans cet endroit. Juste des gens comme vous et moi. »

Après l’entrevue, Ninon a pris une photo du condamné derrière sa vitre. Sur l’écran de son appareil numérique, elle lui a montré le résultat. Il a regardé la photo, puis a levé les yeux vers moi. « Elle a réussi à me rendre humain », a-t-il lancé, l’air ému. « Pouvez-vous croire ça ?»

Les 45 minutes permises pour l’entrevue étaient écoulées. Hank Skinner a été reconduit à sa cellule de deux mètres sur trois. Nous avons quitté le couloir de la mort.

Le ciel était bleu. Le vent était furieux. Derrière les barbelés, le drapeau des États-Unis flottait au vent.

Pour joindre notre chroniqueuse: relkouri@lapresse.ca.
 
 
(Début d'une série de reportages à laquelle nous avons contribuée)

VOYAGE DANS LE COULOIR DE LA MORT
Rima Elkouri - La Presse

« Vous allez au Texas pour faire un reportage sur quoi ? a demandé le douanier américain joufflu à qui je venais de dire que j’étais journaliste.

— Sur la peine de mort. »

Son regard s’est illuminé. « Oh ! J’aime la peine de mort ! Vous n’avez pas ça au Canada, n’est-ce pas ? Vous devriez… »

J’ai souri en attendant qu’il me rende mon passeport. « Merci, monsieur. »

***

C’est quand même ironique. Alors qu’une majorité de Canadiens pensent comme le douanier texan, la peine de mort recule comme jamais aux États-Unis. Le 2 mai, le Maryland est devenu le 18e État à l’abolir. Onze autres États y ont renoncé dans les faits. Même au Texas, champion occidental de la « justice » qui tue, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer l’abolition de la peine capitale. Des gens autrefois pro-peine de mort changent d’avis. Des proches de victimes d’actes criminels demandent que l’on ne tue pas en leur nom. Des jurys, ébranlés par les nombreux cas d’erreurs judiciaires, hésitent de plus en plus.

Inefficace, injuste et barbare, la peine de mort n’a rien pour elle. Après des années de déclin, on entrevoit enfin sa mort prochaine aux États-Unis. Pas tant pour des raisons morales, dit-on, que pour des raisons économiques. Car contrairement à ce que veut la croyance populaire, la peine de mort, en plus de n’avoir aucun effet dissuasif, coûte beaucoup plus cher que la prison à vie.

Dans le cadre d’une série de reportages que vous pourrez lire et voir dès demain, ma collègue Ninon Pednault et moi sommes allées au Texas, au cœur du royaume américain de la peine de mort. Le but ? Traquer les signes de déclin, au moment où le Texas s’apprête à exécuter son 500e condamné depuis 1976.

On connaît les raisons pour lesquelles des gens appuient la peine capitale. On connaît moins l’histoire de ceux qui ont changé d’avis ou qui font changer d’avis l’Amérique.

Dans la prison à sécurité maximale de Livingston, au Texas, nous avons rencontré un condamné à mort qui clame son innocence depuis près de 20 ans. Sur le banc d’une chapelle à Kerrville, nous avons écouté un aumônier de prison à la mémoire torturée. À Dallas, nous avons été soufflées par le courage d’un survivant qui a voulu sauver la vie de son assassin…

Plus que jamais, au moment où, chez nous, tant de gens envient à tort le système de peine de mort américain, il nous semblait important de raconter ces histoires bouleversantes, parfois horrifiantes.

***

« Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui, maman ?

— Je suis allée dans le couloir de la mort. »

Ça fait drôle d’avoir un rendez-vous dans le couloir de la mort. J’avais déposé l’hiver dernier une demande d’entrevue avec un condamné à mort texan sans vraiment y croire. On m’avait dit que les autorisations étaient accordées au compte-gouttes.

Et puis, un midi, après un tas de démarches suivies d’un long silence que j’avais interprété comme un refus, j’ai reçu une confirmation d’entrevue par courriel, un peu comme on reçoit la confirmation d’un rendez-vous chez le dentiste. Aussi banal que ça.

Évidemment, on n’entre pas dans une prison texane à sécurité maximale comme on entre dans un moulin. Dans le couloir de la mort, la liste d’interdits pour les visiteurs est interminable. Celle des détenus, n’en parlons pas. Il a bien sûr fallu montrer patte blanche, lettre officielle, passeport et numéro d’assurance sociale. Il a fallu indiquer au stylo près ce que nous allions apporter et s’engager à respecter les règlements à la lettre, sous peine d’expulsion.

Pas de cellulaire. Pas de sac à main. Pas de vêtements transparents. Pas de bras dénudés. Pas de jupes ou de robes qui oseraient arriver « plus de trois pouces au-dessus du milieu du genou ». Pas de vêtements blancs. Le blanc est réservé aux prisonniers. Il vaut mieux éviter toute confusion…

Bref, Ninon et moi nous sommes présentées aux portes de la prison habillées comme des veuves italiennes. Après la fouille, le responsable des relations publiques de la prison, réputée pour être une des pires des États-Unis, est venu à notre rencontre pour nous conduire au parloir. Un gars souriant et courtois.

Comment devient-on porte-parole du couloir de la mort ? « J’étais journaliste avant… » Aux États-Unis (où le taux d’incarcération est le plus élevé du monde), il y a plus de travail dans l’industrie des prisons que dans l’univers des médias.

***

Un rendez-vous dans le couloir de la mort, ça fait drôle, disais-je. Mais ce qui doit faire encore plus drôle, c’est d’avoir un rendez-vous avec la mort. De savoir que tel jour, à telle heure précise, la mort frappera. Et d’apprendre le jour même, quelques minutes avant ce rendez-vous funeste, que, finalement, non, ce ne sera pas ce jour-là.

C’est exactement le sort réservé à Henry « Hank » Skinner, le condamné à mort que j’ai interviewé et dont vous pourrez lire et voir l’histoire demain. Voilà près de 20 ans que cet homme est dans le couloir de la mort pour un triple meurtre. Voilà près de 20 ans qu’il clame son innocence. Trois fois, on lui a indiqué la date de sa mort. Trois fois, son exécution a été suspendue in extremis. Une fois, il l’a su seulement 23 minutes avant l’heure prévue pour sa mise à mort. « Je ne sais même pas comment il se fait que je ne sois pas devenu fou », m’a-t-il dit, de sa cage du parloir. J’avoue ne pas comprendre non plus.

On dit que les condamnés à mort meurent mille fois avant de mourir vraiment. À bien y penser, « drôle » n’est pas le bon mot. « Torture » serait plus juste.
 
 
Bien le bonjour !

Les Statistiques annuelles sur la peine de mort 2012 sont maintenant disponibles.  Voyez une carte de la situation mondiale, un graphique donnant un aperçu des tendances mondiales en 2012, et utilisez la carte interactive pour vous renseigner. Visionnez également la vidéo d’animation.

En dépit de revers décevants en 2012, la tendance mondiale vers l’abolition de la peine de mort s’est confirmée, écrit Amnistie internationale dans son rapport annuel sur les condamnations à mort et les exécutions dans le monde. 

En 2012, plusieurs pays ont repris les exécutions, alors qu’ils avaient interrompu cette pratique depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. C’est notamment le cas de l’Inde, du Japon, du Pakistan et de la Gambie. On a également observé une augmentation alarmante du nombre de mises à mort en Irak. 

Cependant, le recours à la sentence capitale demeure l’apanage d’un petit groupe de pays isolés, et la marche vers l’abolition est en route dans toutes les régions du globe. 

Seuls 21 États dans le monde ont procédé à des exécutions en 2012 – chiffre inchangé par rapport à 2011, mais en net déclin par rapport à 2003 : il y a 10 ans, ce chiffre s’élevait en effet à 28.

(Lire la suite du communiqué de presse)

Et n’oubliez surtout pas d’agir pour nos Canadiens à l’étranger, les nombreuses actions à l’international, celles aux États-Unis, surtout pour Larry Mann, dont l’exécution est prévue aujourd’hui même en Floride.

Merci beaucoup de votre soutien essentiel !
Charles
 
 
Nouvelle de dernière minute : Le Sénat au Delaware vient de voter l'abolition de la peine de mort !! 

Dans la foulée de la victoire monumentale il y a 11 jours au Maryland, le momentum pour l'abolition s'est accru au Delaware et partout ailleurs aux États-Unis.

La prochaine étape pour le projet de loi au Delaware est à la Chambre des Représentants, peu après que la session reprendra son cours le 16 avril.

Source : National Coalition Against the Death Penalty (NCADP)
 
 
Par un vote de 82 à 56 la Chambre des représentants au Maryland vient de voter en faveur de l'abolition de la peine de mort ! 

Une fois que le Gouverneur O'Malley l'aura signée, une formalité, le Maryland deviendra le 18e État abolitionniste aux États-Unis !!!
 
 
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Au cours de sa campagne de cartes de vœux en novembre et décembre 2012, Amnistie internationale Canada francophone (AICF) a demandé d'envoyer des messages de solidarité à Saeed Malekpour.

Bonne nouvelle !! Saeed a pu voir les cartes et il était tellement heureux de les recevoir !!

Voici un message de gratitude de la part de la sœur de Saeed, Maryam Malekpour :

« Miraculeusement, les autorités de la prison d'Evin ont montré à Saeed les cartes de vœux envoyées par les militants et sympathisants d'Amnistie internationale, même si elles ne lui ont pas permis de les conserver.

Ce fut toute une surprise pour Saeed. Il était tellement excité et pouvait difficilement croire qu'autant de personnes qui ne le connaissaient pas personnellement puissent penser et se soucier de lui. Lorsque ma mère m'a raconté ceci, j'étais si contente que j'ai eu de la difficulté à dormir durant la nuit.

Un merci spécial à tous ceux parmi vous qui gardent mon frère en mémoire et qui avez pris le temps de lui envoyer vos messages de solidarité et un gros merci à Amnistie pour avoir organisé et rendu possible ceci. »

Un énorme merci de la part du comité de coordination pour l'abolition de la peine de mort d'AICF à tous ceux et celles qui ont pris le temps de lui écrire ! 

Et continuez d'agir en grand nombre pour que sa condamnation à mort soit annulée ! AGISSEZ MAINTENANT !!

 
 
Sourc
Par Danièle Bourque, 5 mars 2013

La négation du droit à la vie : voilà ce qu’est la peine de mort, plaident Antonella Mega, Marina Nemat et Helen Prejean. Retour sur l’histoire et le combat de ces trois femmes remarquables radicalement opposées à cette sanction.

Antonella Mega : croire en l’humain

Originaire de Milan, Antonella Mega vit au Canada depuis de nombreuses années. Un sentiment d’urgence secoue la nuit sombre qui recouvre ses jours depuis que son mari, Hamid Ghassemi-Shall, qui avait émigré au Canada après la révolution iranienne de 1979, a été arrêté le 24 mai 2008, alors qu’il rendait visite à sa famille en Iran. L’Irano-Canadien est détenu dans la prison d’Evin, dans le nord de Téhéran. Accusé d’espionnage, il est condamné à mort. Devant ce singulier tour du destin, Antonella Mega ne baisse pas les bras. Elle se bat pour le retour au Canada de l’homme de sa vie.

« Dans cette lutte, je dois continuer d’avancer jour après jour. Le plus important, c’est de ne pas cesser de croire. D’avoir foi dans les êtres humains. »
 — Antonella Mega

« Dans cette bataille, j’ai perdu deux ans, confie-t-elle. J’aurais dû parler aux médias plus tôt. Mais je suis restée silencieuse durant les deux premières années d’emprisonnement d’Hamid. Sa famille m’avait demandé de ne pas parler publiquement. Elle avait reçu des menaces. On lui a dit que si elle parlait aux médias, Hamid aurait des problèmes. On lui faisait croire que tout allait bien pour lui. » Elle poursuit : « Tout est alors devenu difficile, et ça l’est encore. Simplement me lever le matin et ne pas savoir ce que la journée va apporter est éprouvant. Mais je continue, parce qu’Hamid a besoin de moi. Je suis sa voix.»

Sa « voix », elle l’est devenue beaucoup grâce à Amnistie internationale, qui l’a aidée à entamer une campagne publique qu’elle mène depuis 2010. « J’ai obtenu un appui incroyable. J’ai reçu plus de 7 000 lettres de gens m’exprimant leur sympathie et souhaitant la libération d’Hamid. La communauté iranienne du Canada m’a aussi témoigné un soutien moral. Du point de vue humain, c’est miraculeux et bouleversant. Sans ces appuis, je n’aurais pas pu tenir le coup. »

Antonella Mega doit en effet tenir bon. Les choses ne sont pas simples. Le Canada, qui a longtemps plaidé automatiquement pour la clémence des citoyens canadiens condamnés à mort à l’étranger, a changé brusquement sa façon de faire en 2007. Et comme s’il n’y avait pas assez d’embûches sur le chemin d’Antonella Mega, le Canada a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran en septembre 2012.

« Je ne veux pas perdre espoir, lance-t-elle. Je ne suis pas régulièrement en contact avec les autorités canadiennes, mais elles communiquent avec moi lorsque quelque chose d’important arrive. Elles m’ont appelée lorsque les liens ont été rompus avec l’Iran. Je sens qu’elles semblent décidées à trouver des appuis auprès d’autres nations pour faire libérer Hamid. Mais je ne peux pas mesurer l’intensité de leurs efforts. »

Que peut-elle faire alors? « Dans cette lutte, je dois continuer d’avancer jour après jour. Le plus important, c’est de ne pas cesser de croire. D’avoir foi dans les êtres humains. » Calme et émouvante, Antonella Mega murmure, convaincue et convaincante, que dans cette bataille elle choisit, pour l’amour d’Hamid, de croire en nous.

Marina Nemat : l’insoumise

Marina Nemat connaît bien la prison d’Evin où Hamid Ghassemi-Shall est détenu. Elle y a été emprisonnée en 1982, alors qu’elle n’avait que 16 ans. Arrêtée pour avoir manifesté contre l’ayatollah Khomeiny, elle est aussitôt condamnée à mort. Après avoir subi privations, torture, viols, elle sortira d’Evin deux ans plus tard, grâce à son mariage, en prison, avec l’un de ses bourreaux, Ali Moosavi.

« Le droit le plus élémentaire, c’est le droit de vivre. Quand on nous retire ce droit, il n’y a plus de limites. Tout se dérègle. Il n’y a plus rien de sacré. »
 — Marina Nemat

« Les mariages à la prison d’Evin sont une façon de légaliser le viol, explique-t-elle. Toutes les filles âgées de 9 ans et plus peuvent être mariées à un garde ou à un interrogateur pour une demi-heure ou plus. » Ali, son ange noir qui la sauve de justesse avant son exécution au prix d’un mariage, exige également qu’elle renie son catholicisme pour se convertir à l’islam.

« J’ai été mariée en prison 15 mois. Le sort a voulu que, après avoir démissionné parce qu’il avait eu un désaccord avec le directeur de la prison d’Evin, Assadollah-eh Ladjevardi (connu sous le nom de “boucher d’Evin”), Ali a été assassiné. Ladjevardi m’a gardée en prison six mois après la mort d’Ali. Il voulait me marier à un autre gardien. Mais le père d’Ali, ami de l’ayatollah Khomeiny, a pu obtenir ma libération. »

À l’autre bout du fil, au milieu de l’entretien, voilà que cette femme plus grande que nature, miraculée de l’horreur, remercie son interlocutrice. « Je vous remercie d’écrire sur la peine de mort, parce que ça touche la perte de nos droits. Et le droit le plus élémentaire, c’est le droit de vivre. Quand on nous retire ce droit, il n’y a plus de limites. Tout se dérègle. Il n’y a plus rien de sacré. C’est ce qui arrive dans les pays où la peine de mort est permise. C’est ce qui arrive en Iran. » Le gouvernement iranien pratique en effet la peine de mort avec une frénésie seulement dépassée par celle de la Chine.

En Iran, les femmes, ainsi que les membres des minorités religieuses et ethniques, souffrent de discrimination, notamment en ce qui a trait au code vestimentaire. Si l’habillement des femmes peut être jugé impudique, les hommes qui portent des chemises à manches courtes, par exemple, peuvent aussi être accusés d’indécence.

Le traitement en prison des femmes et des hommes est toutefois différent.« On fait boire aux prisonnières un thé qui contient du camphre dans le but de stopper les menstruations et d’éviter des dépenses en serviettes hygiéniques, raconte Marina Nemat. Les effets secondaires sont atroces. Vous vous mettez à enfler et la dépression vous guette. »

Dans les années 1980, alors que Marina Nemat était emprisonnée, des exécutions de masse ont eu lieu. « C’est comme ça que les geôliers d’Evin géraient la population : en tuant des gens. Il y avait des prisonnières liées à différents groupes politiques. La majorité des femmes appartenaient à l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien. En 1988, après ma libération, il y a eu un énorme massacre de tous les moudjahidines emprisonnés, ordonné par la fatwa, un décret religieux émis par Khomeiny. Plus de 30 000 personnes ont été exécutées. »

Impossible de savoir exactement combien de femmes ont alors été tuées, ni combien étaient des femmes parmi les 360 personnes exécutées signalées en 2012 en Iran. « Dans certains pays, on compte un nombre plus élevé de femmes condamnées à mort. C’est le cas au Nigeria, où elles sont lapidées pour adultère. Mais ailleurs, par exemple en Chine ou en Iran, c’est compliqué d’avoir l’heure juste », confirme Gilles Sabourin, d’Amnistie internationale.

Les cauchemars et les accès de panique ont poursuivi Marina Nemat longtemps après sa libération. Mais ne la voir qu’en survivante de l’enfer d’Evin ne lui rend pas justice. Insoumise, elle n’a pas consenti à la violence aveugle, ni n’en est revenue perdue. Elle est devenue une éveilleuse de conscience. « Nous sommes tous interconnectés. Il faut lutter contre l’injustice et travailler pour la transformation de la société. »

Helen Prejean : la religieuse du couloir de la mort

En 1982, l’année où Marina Nemat est emprisonnée à Téhéran, Helen Prejean se rend à la prison d’Angola, le pénitencier d’État de la Louisiane construit au bout de la route 66, sur une ancienne plantation de canne à sucre. Elle y fait la connaissance d’Elmo Patrick Sonnier, condamné à mort pour avoir tué deux adolescents en 1977. Elle racontera l’histoire de cette rencontre qui a changé sa vie dans un livre dont Tim Robbins tirera le film La dernière marche (Dead Man Walking), en 1995. Susan Sarandon, qui y incarne Helen Prejean, rendra la religieuse américaine de l’Institut des sœurs de Saint-Joseph célèbre à travers le monde.

« Nous allons d’une activité à l’autre sans nous arrêter pour nous rendre compte que la peine de mort, c’est la pire agression envers la dignité humaine. C’est user de violence en soutenant que c’est le seul moyen de nous protéger, alors que c’est faux! »
 — Sœur Helen Prejean

« J’ai accompagné six personnes dans le couloir de la mort, dit Helen Prejean d’une voix chaude aux intonations marquées par l’enchevêtrement des langues typique de la Louisiane. Ce travail m’a amenée à éduquer les gens. Après avoir sillonné les États-Unis pour parler de la peine de mort, je me suis rendu compte que la plupart des Américains n’y avaient jamais réfléchi. Nous allons d’une activité à l’autre sans nous arrêter pour nous rendre compte que la peine de mort, c’est la pire agression envers la dignité humaine. C’est user de violence en soutenant que c’est le seul moyen de nous protéger, alors que c’est faux! »

Helen Prejean dit vrai. En 2009, une étude étonnante rapportait que la vaste majorité des chefs de police américains considèrent la peine capitale comme un boulet. Selon eux, elle est inefficace et n’a aucun effet dissuasif.« La bonne nouvelle, c’est que la peine de mort est en recul », lance celle qui travaille sans relâche depuis 30 ans contre cette sanction. Presque un État américain sur trois l’a maintenant abolie.

Au cours des 100 dernières années, plus de 40 femmes ont été exécutées aux États-Unis, dont 12 depuis 1976. En 2012, 61 femmes séjournaient dans le couloir de la mort, ce qui représente 1,92 % des 3 170 personnes qui y sont confinées. Si cette sentence est exceptionnellement imposée aux femmes, elle « est infligée de façon disproportionnée aux minorités ethniques et aux pauvres; près de la moitié des détenus des couloirs de la mort sont des Noirs américains », remarque Helen Prejean, visiblement outrée par de telles injustices.

« Aux États-Unis, de plus en plus de voix s’élèvent contre la peine de mort, poursuit-elle. Et elles sont parfois surprenantes. Je pense à Jerry Givens, un ancien bourreau de l’État de Virginie qui a exécuté 62 personnes entre 1982 et 1999. Il a récemment pris position contre la peine de mort en disant que ce n’était tout simplement pas la solution aux crimes. Je pense aussi aux membres des familles de victimes de meurtre et à ceux des familles des personnes exécutées, qui sont réunis dans l’organisation Murder Victims’ Families for Human Rights pour s’opposer à la peine de mort. Ce sont autant de signes que les choses changent. Et c’est tout simplement extraordinaire. »

À 73 ans, Helen Prejean est plus que jamais décidée à défendre la vie, bien au-delà de la mort.

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L’histoire vraie de Sœur Helen Prejean, celle qui a inspiré le film Dead Man Walking (La dernière marche, en version française, est adaptée à l’opéra. Présentée en grande première québécoise les 9, 12, 14 et 16 mars, à la Place des arts de Montréal.
 
 
Source : La Presse
Par Rima Elkouri

Soeur Helen Prejean est le genre de bonne soeur avec qui vous auriez envie d'aller prendre une bière. La religieuse américaine, devenue célèbre après que son livre Dead Man Walking eut été porté à l'écran en 1996, a un charisme fou. Il fallait la voir, mardi, dans le sous-sol de la Place des Arts, ensorceler les gens venus assister à une répétition de l'Opéra de Montréal qui reprend son histoire (*).

Cheveux poivre et sel, lunettes brunes, veston noir austère, col roulé blanc et croix posée sur le coeur, soeur Helen Prejean n'est pas tout à fait la vraie jumelle de Susan Sarandon, qui a gagné un Oscar en l'incarnant. Elle rate rarement l'occasion d'en rire. «Elle me ressemble vraiment, hein?»

Grâce au film Dead Man Walking, soeur Helen est devenue sans le vouloir le visage le plus connu de la lutte contre la peine de mort. De septembre à mai, elle va de ville en ville pour raconter son histoire. L'histoire très poignante d'une religieuse de la Louisiane, éprise de justice, qui ne savait absolument pas dans quoi elle s'embarquait quand, en 1982, un ami lui a demandé si elle accepterait de correspondre avec un condamné à mort. «Sure!»

Quand elle a écrit «couloir de la mort» sur l'enveloppe, elle n'avait jamais mis les pieds dans une prison. Elle n'avait jamais rencontré un homme qui avait commis des crimes aussi horribles. Deux ans et demi plus tard, elle allait assister à l'exécution de cet homme, mort mille fois avant de mourir vraiment.

Cette nuit-là, en sortant de la chambre d'exécution, soeur Helen a vomi. Et elle s'est dit qu'il fallait à tout prix raconter cette histoire dans toute son horreur. «Il faut réveiller les gens! Ils dorment!»

Voilà donc 30 ans que la religieuse secoue des consciences endormies. Elle cite le nom des États qui ont aboli la peine de mort ces dernières années à la manière d'une fière conquérante. New York, New Jersey, Nouveau-Mexique, Illinois, Connecticut... Et bientôt le Maryland. En tout, cela fera bientôt 18 États sans peine de mort, se réjouit-elle.

Pourquoi teniez-vous à venir à Montréal, dans un pays où la peine de mort a été abolie? lui ai-je demandé. «Parce que les questions de droits de l'homme peuvent si facilement s'éroder.» Que l'on parle de terrorisme ou de torture, une fois que l'on passe ce seuil où on s'autorise à tuer ceux qui incarnent le mal, tout le reste s'écroule, dit-elle. «Le Canada n'est pas immunisé contre cela.»

Au-delà des lois, quand on aborde le débat sur la peine de mort, il y a ce «voyage intérieur des coeurs» qui rejoint tout le monde, dit-elle. «Encore et encore, quand des gens entendent parler d'un meurtre horrible d'une personne innocente, ils se disent: J'aurais tant aimé qu'on ait la peine de mort pour des gens comme ça.»

Cette réaction viscérale, on l'a sentie après l'horrible histoire de Guy Turcotte, qui a assassiné ses enfants (et a été reconnu non criminellement responsable). Quelques mois après le drame, 69% des Québécois se disaient favorables à la peine de mort, selon un sondage Angus Reid. Même si la mère des jeunes victimes, Isabelle Gaston, a elle-même fait un plaidoyer anti-peine de mort, la majorité de la population réagissait avec beaucoup moins de sagesse.

Que dit soeur Helen à ceux qui croient que le châtiment ultime est parfois justifié? Elle rappelle que la tentation de la peine de mort surgit toujours quand se produit ce genre de crimes terribles. «Mais qui est l'arbitre? Qui va décider pour quel crime terrible on l'applique?»

En théorie, la Cour suprême des États-Unis dit que la peine de mort doit seulement être appliquée pour «le pire du pire», rappelle-t-elle. Mais en pratique, l'application est tout à fait arbitraire. «Quand vous regardez qui la reçoit, ce sont surtout des gens pauvres qui ont tué des Blancs dans certains lieux.» Si vous cherchez l'équité et la justice, vous n'en trouverez pas dans un tel système, avertit-elle.

À travers l'histoire de soeur Helen transposée dans l'opéra Dead Man Walking, les spectateurs seront invités à s'immerger au coeur de ce débat très émotif, comme s'ils faisaient partie du jury. Ils devront faire face à l'horreur du crime, rencontrer les victimes, rencontrer le meurtrier. Le voyage au bout de la nuit de la religieuse deviendra le leur.

Lorsqu'ils plongent dans un drame aussi poignant, la plupart des gens se sentent ambivalents, observe soeur Helen. «D'un côté, il y a l'indignation devant la mort de gens innocents. Et il y a une partie de nous, de chacun de nous, qui se dit: ces gens méritent de mourir pour ce qu'ils ont fait.»

«Mais est-ce que ça apaise vraiment une famille d'attendre 15 ou 20 ans pour ensuite venir regarder l'État tuer celui qui a tué un être cher? demande la religieuse. Le fait d'assister à cela est-il censé les consoler? Qu'arrive-t-il à ces familles? Il faut amener le public à y être, l'inviter dans la vie de ces gens bien réels.»

Soeur Helen déplore le fait que l'on instrumentalise la souffrance des familles des victimes - par ailleurs de plus en plus nombreuses à demander que l'on ne tue pas en leur nom. «D'une certaine façon, la peine de mort aux États-Unis est une sorte de crime d'honneur», dit-elle. Dans les procès de peine capitale, c'est le message que le procureur envoie au jury: «Regardez cette famille. Nous lui devons ça. [...] Infliger quoi que ce soit d'autre que la mort reviendrait à la déshonorer.»

Comment se fait-il qu'on accepte encore ces crimes «d'honneur» si déshonorables dans 33 États américains? Comment se fait-il qu'une nation civilisée en soit encore là? «Nous l'acceptons de la même façon que nous tenons pour acquis qu'il y a des gens pauvres, croit soeur Helen. Cela ne nous scandalise pas. On ne le prend pas au sérieux pour que cela change. Et nous sommes si habitués à utiliser la violence. Nous l'avons fait avec les Indiens. Nous l'avons fait avec les esclaves. La violence est imbriquée dans notre identité lorsqu'il s'agit de régler des problèmes sociaux.»

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(*) L'opéra Dead Man Walking de Jake Heggie sera présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, les 9, 12, 14 et 16 mars 2013 à 19 h 30. www.operademontreal.com/fr/
 
 
Source : La Presse canadienne

CALGARY - Le Conseil de libération conditionnelle du Montana qui s'est prononcé en défaveur de la clémence pour Ronald Smith, un Canadien dans le couloir de la mort, pourrait faire l'objet d'un examen pour avoir été trop dur envers les criminels.

Une motion déposée par le sénateur républicain de l'État, Terry Murphy, réclame la mise en examen du Montana Board of Pardons and Parole. Cela pourrait résulter en des limitations des pouvoirs du conseil, ou son éventuelle élimination.

Selon M. Murphy, un rapport déposé en 2011 par le conseil indique que 72 pour cent des détenus de l'État étaient admissibles à une libération conditionnelle, et que 60 pour cent d'entre eux ont vu leur requête refusée lors de leur première demande.

Dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne, M. Murphy a dit croire que les membres du conseil disposaient de trop de pouvoir.

Le politicien soutient ne pas être en mesure d'expliquer le fait que bon nombre de criminels admissibles à une libération conditionnelle essuient un refus, à moins qu'il n'existe un désir de conserver autant de gens que possible au sein du système.

Aux dires de M. Murphy, une telle attitude coûte des millions de dollars aux contribuables.

Le représentant dit également trouver étrange que le conseil puisse ajouter des conditions aux prisonniers qui sont libérés, et ce en plus des restrictions imposées par un juge lors de la sentence.

Dans sa décision concernant Smith, le conseil n'a pas daigné expliquer la raison de son refus.

Smith, âgé de 55 ans, est en attente de son exécution depuis 30 ans pour les meurtres, en 1982, de Thomas Running Rabbit et d'Harvey Mad Man fils. Sa demande de clémence a été transférée au nouveau gouverneur, Steve Bullock, qui est entré en fonction la semaine dernière.

Quatre condamnés ont été exécutés au Montana depuis 1945.

La législature de l'État doit examiner, prochainement, un nouveau projet de loi pour abolir la peine de mort.
 
 
Le 21 décembre 2012

L'État de la Floride va libérer Seth Penalver après son acquittement pour un triple meurtre au premier degré. Agé de 39 ans, il avait été condamné à mort en 1994 avec son co-accusé, il avait été à nouveau condamné à mort lors de son second procès en 2000. Son troisième procès avait débuté en juillet 2012.

Après un procès qui a duré cinq mois, et dix jours de délibérations, il a acquitté de tous les chefs d'inculpation. A l'annonce du verdict, il s'est levé, s'est agenouillé devant sa chaise et s'est effondré en larmes.

Pour trois exécutions, il y a un acquittement de condamné à mort dans l'État de la Floride. Seth Penalver est le 24e condamné à mort innocenté dans cet État américain.

Sa libération devrait avoir lieu dans les prochains jours.

Source : abolition.fr